Voyer léger même quand on ne l’est pas, c’est le défi de taille que s’est donné Édith Bernier. Avec l’expérience d’une quinzaine de pays visités en mode backpacking, la voyageuse taille plus a sorti ce mois-ci The Ultimate Guide to Plus-Size Backpacking. Ce guide offert en deux langues est destiné principalement aux personnes de forte taille qui désirent contourner les lacunes de l’industrie du voyage mal adapté à ce type de clientèle. 

Entrevue avec Édith Bernier

 

D’où part cette idée de faire un livre spécialisé en voyage taille plus?

J’ai voulu écrire ce livre parce qu’il y a plein de petites choses et plein d’inconvénients qui arrivaient seulement aux personnes taille plus et n’arrivaient pas à d’autres. Par exemple, magasiner un sac à dos. Quand t’arrives dans le magasin et qu’il y en a juste un dont la ceinture est assez grande pour les tailles plus… ou bien les gens qui partent en voyage sac à dos qui vont se dire «si on est mal pris on ira s’acheter du linge à destination». Pas vraiment une option pour les taille plus.

… surtout pour l’Asie!

Surtout pour l’Asie. C’est c’est particulièrement intense. Il y a plein de petites choses irritantes. Même en avion ça peut être assez pénible, tout comme les moyens de transport locaux. Je pense aux tuk-tuk ou aux collectivos en Amérique central et Amérique du sud – qui sont des minis bus surpeuplés faits pour 12 mais qui contiennent 18 personnes. Toutes ces petites choses là qui font en sorte que ça prend un peu de courage, mais surtout de l’organisation pour savoir où s’aventurer.

Le manuel des routards taille plus_cover

Est-ce que ca vous a déjà remis en question de visiter des pays, parce que vous étiez taille plus plus?

Ça a changé une partie de mon style de vie à la maison. Quand j’ai décidé d’aller au Guatemala où il y a de la randonnée sur les volcans, je savais que ca impliquait d’être en forme, sans nécessairement être plus mince. Donc, je me suis entrainée un peu avant de partir et j’ai perdu du poids.

Ce n’était pas le but premier de l’exercice qui était plutôt d’être capable de faire plus de choses. Je dirais que je suis super contente de l’avoir fait. Et malgré tout, je suis encore en masse taille plus. (rires) Je suis probablement une taille plus vraiment plus en forme. Je suis capable de faire vraiment plus d’activités.

Pensez-vous qu’écrire un livre sur les tailles plus, ca vient stigmatiser, venir encore créer une classe à part avec la taille plus?

Oui, il y a toujours une orientation taille plus dans le livre, mais j’aime dire qu’il est utile à tout le monde. C’est vrai qu’on a tendance à mettre les gens dans des catégories. Ce que je désire, c’est empowered les femmes taille plus pour qu’elles aient les mêmes possibilités que les autres.

Oui, c’est un guide pour elles, mais pour les hommes aussi. Pour permettre à tous de vivre les mêmes choses. Pour se dire qu’avec un peu de préparation, tu peux faire les mêmes choses que les autres.

Vous dites que ca prend beaucoup de courage voyager backpack, surtout quand on est une femme taille plus, croyez-vous que ça a empêché certaines femmes de le faire?

 Je suis certaine. Je veux dire, ce n’est pas tout le monde qui a le même taux de confort par rapport à son image. Il y a des gens qui ne seraient pas nécessairement à l’aise de rentrer dans un magasin de sac à dos, de se faire mesurer le tour de taille, le dos par un vendeur. Je peux comprendre pourquoi.

On n’est même pas parti pis il y a déjà des défis. Juste de penser à «comment les gens vont me percevoir», je suis sûr que ça a du freiner les envies ou les ardeurs de plusieurs personnes. J’aspire à ce que le manuel puisse donner à ces gens là l’envie de reconsidérer et de passer à l’acte.

Croyez-vous qu’à l’étranger, les femmes taille + se font traiter différemment?

Oui et non. Ca peut être vraiment positif. Je n’oserais pas dire négatif parce que je ne pense pas qu’en général les gens veulent être méchants ou de mauvaise foi. Je pense que c’est surtout l’effet de surprise et l’effet inhabituel. On ne peut pas blâmer les gens d’avoir une réaction de surprise. Il y a des endroits dans le monde où une personne taille plus, notamment une femme, c’est extrêmement bien perçu.

Dans les pays comme la Mauritanie ça va même à l’extrême où il y a des boot camp pour faire engraisser les femmes. Il y a quand même des pays où les courbes et les rondeurs sont assez célébrées – des régions du monde notamment, les iles dans le pacifique … je parle de Samoa, Tonga, Fidji , être une femme taille plus ca doit être assez agréable.

Maurétanie_boot campSource : Wikipédia

… donc il y a beaucoup de stéréotypes associés à ça.

J’aime briser les préjugés…

Avez-vous avez confiance en vous?

Il faut. Quelqu’un qui est très insécure et qui va rentrer dans un pays où les personnes taille plus vont être regardées avec un peu plus de curiosité vont probablement trouver le temps très long.

Je dis pas qu’on ne peut pas se permettre de voyager, mais qu’on doit avoir une certaine confiance en soi et si c’est pas développer avant de partir, ca peut se développer en route. Je pars en me disant que les gens qui me regarde, je ne réagis pas, je ne fais pas de grosses affaires avec ça et voila ma chance de renforcer ma confiance en moi.

Crédit photo : Louis-Philippe Joly

Crédit photo : Louis-Philippe Joly

Aviez-vous confiance en vous avant de voyager?

J’ai vécu de l’intimidation pendant mon enfance et adolescence, mais j’ai été chanceuse parce que je savais qui j’étais, je savais ce que je valais. Je voyais en quoi être différente ca pouvait être quelque chose de positif. J’ai toujours un peu carburé à ca.

Je te dirais pas que je ne me suis jamais sentie un peu complexée en me regardant dans le miroir, mais pas tant que ca, en fait. Ca ne durait jamais bien longtemps. J’ai toujours eu confiance en l’image que je projetais en tant que personne, en tant que voyageuse, en tant que femme.

Qu’est-ce que vous diriez à ces femmes qui hésitent de voyager à cause qu’elles ont un surplus de poids?

Je dirais de ne pas hésiter. Commencez tranquillement. On n’est pas obligé d’aller faire un mois de back packing dès le début pour commencer. Je pense qu’on peut se faire graduellement. Mon premier voyage pack sac, c’était au Mexique. Commencez par une semaine avec un sac à dos dans des petits hôtels.

Partir avec quelqu’un d’autre, quelqu’un qui est taille plus aussi. Au moins si un moment donné, on trouve ca pénible de se faire regarder, on peut toujours se comprendre. Au moins on a quelqu’un d’autre qui est comme nous. Ca peut faciliter un peu, mais c’est sûr que ca requiert certain changement au niveau de ta perception du monde, de ta perception de toi. C’est vraiment à l’étranger qu’on peut se rendre compte si on est vraiment à l’aise avec soi.

Alors, on part quand? ; )

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