Être taille+ , c’est quoi ?

Être taille+ , c’est quoi ?

On l’entend beaucoup dans les médias ces temps-ci. Le terme taille+ trouve sa controverse partout où il passe. Même que, dernièrement, ASOS s’est mis dans l’eau chaude en publiant sur Instagram une photo d’un mannequin taille+ pas trop taille+.

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En moins de deux, la toile s’est enflammée. Tous se proclamaient maitre de la définition taille+ (de toute évidence loin de celle que défend ASOS).

Les femmes rondes en ont assez. L’industrie choisit des mannequins trop mince pour les représenter.

C’est quoi au juste, être plus size ?

Dans le domaine de la mode, les vêtements taille+ commencent à partir de 14 ans. Certains détaillants vont aussi inclure la grandeur 12. Même que pour la haute couture, le taille+ commence à la taille 8.

Oui, c’est à y perdre la tête

Au delà de la définition plus mathématique du terme, une femme peut elle-même se considérer taille+ ou «hors normes» sans posséder les mensurations dudit taille+ créées au fil du temps par l’industrie.

En d’autres mots, les diktats de beauté ont amené les femmes à se sentir ronde sans physiquement l’être, se comparant sans cesse à ces modèles taille+ de plus en plus mince.

Être ou ne pas être taille+ ?

Ceux qui se chicanent à définir le terme taille+ perdent leur temps. S’attarder à définir quelque chose qui dépend d’un contexte, d’une corporation, d’une culture ou même de soi-même, c’est à s’y perdre.

En voulant créer une boite pour chaque gabarit de corps, on définit les modèles qui les représentent, donne un visage à la beauté, puis créé une norme à atteindre.

La mode n’est pas une entité externe à nous, mais nous sommes la mode. Nous faisons partis de celle-ci. Tout comme nous choisissons les modèles à qui on veut s’identifier.

Être son propre modèle

Dans cette foulée de contradictions, j’ai décidé de me comparer à moi-même, être mon propre modèle de beauté. Je ne peux comparer mon physique à personne. Mon corps d’aujourd’hui a une histoire, représente le parcours que j’ai mené à travers les diètes, puis mon combat contre ces dernières. Il représente une génétique, un amour pour le chocolat, les sorties entre amis, puis la joie d’être affranchie des calories.

Mon corps d’aujourd’hui est comme le trophée que j’ai remporté après une victoire sur moi-même.

Parce que ASOS a bien beau attribuer le terme taille+ à n’importe qui : à une taille 2 ou 56 – quand on est bien avec qui on est, on ne donne pas le pouvoir à une industrie de définir sa propre beauté.

À lire : 27 choses que j’ai apprises en 27 ans.

 

 

 

 

Entrevue d’expert:  Edith Bernier, auteure du Manuel des routards taille plus

Entrevue d’expert: Edith Bernier, auteure du Manuel des routards taille plus

Voyer léger même quand on ne l’est pas, c’est le défi de taille que s’est donné Édith Bernier. Avec l’expérience d’une quinzaine de pays visités en mode backpacking, la voyageuse taille plus a sorti ce mois-ci The Ultimate Guide to Plus-Size Backpacking. Ce guide offert en deux langues est destiné principalement aux personnes de forte taille qui désirent contourner les lacunes de l’industrie du voyage mal adapté à ce type de clientèle. 

Entrevue avec Édith Bernier

 

D’où part cette idée de faire un livre spécialisé en voyage taille plus?

J’ai voulu écrire ce livre parce qu’il y a plein de petites choses et plein d’inconvénients qui arrivaient seulement aux personnes taille plus et n’arrivaient pas à d’autres. Par exemple, magasiner un sac à dos. Quand t’arrives dans le magasin et qu’il y en a juste un dont la ceinture est assez grande pour les tailles plus… ou bien les gens qui partent en voyage sac à dos qui vont se dire «si on est mal pris on ira s’acheter du linge à destination». Pas vraiment une option pour les taille plus.

… surtout pour l’Asie!

Surtout pour l’Asie. C’est c’est particulièrement intense. Il y a plein de petites choses irritantes. Même en avion ça peut être assez pénible, tout comme les moyens de transport locaux. Je pense aux tuk-tuk ou aux collectivos en Amérique central et Amérique du sud – qui sont des minis bus surpeuplés faits pour 12 mais qui contiennent 18 personnes. Toutes ces petites choses là qui font en sorte que ça prend un peu de courage, mais surtout de l’organisation pour savoir où s’aventurer.

Le manuel des routards taille plus_cover

Est-ce que ca vous a déjà remis en question de visiter des pays, parce que vous étiez taille plus plus?

Ça a changé une partie de mon style de vie à la maison. Quand j’ai décidé d’aller au Guatemala où il y a de la randonnée sur les volcans, je savais que ca impliquait d’être en forme, sans nécessairement être plus mince. Donc, je me suis entrainée un peu avant de partir et j’ai perdu du poids.

Ce n’était pas le but premier de l’exercice qui était plutôt d’être capable de faire plus de choses. Je dirais que je suis super contente de l’avoir fait. Et malgré tout, je suis encore en masse taille plus. (rires) Je suis probablement une taille plus vraiment plus en forme. Je suis capable de faire vraiment plus d’activités.

Pensez-vous qu’écrire un livre sur les tailles plus, ca vient stigmatiser, venir encore créer une classe à part avec la taille plus?

Oui, il y a toujours une orientation taille plus dans le livre, mais j’aime dire qu’il est utile à tout le monde. C’est vrai qu’on a tendance à mettre les gens dans des catégories. Ce que je désire, c’est empowered les femmes taille plus pour qu’elles aient les mêmes possibilités que les autres.

Oui, c’est un guide pour elles, mais pour les hommes aussi. Pour permettre à tous de vivre les mêmes choses. Pour se dire qu’avec un peu de préparation, tu peux faire les mêmes choses que les autres.

Vous dites que ca prend beaucoup de courage voyager backpack, surtout quand on est une femme taille plus, croyez-vous que ça a empêché certaines femmes de le faire?

 Je suis certaine. Je veux dire, ce n’est pas tout le monde qui a le même taux de confort par rapport à son image. Il y a des gens qui ne seraient pas nécessairement à l’aise de rentrer dans un magasin de sac à dos, de se faire mesurer le tour de taille, le dos par un vendeur. Je peux comprendre pourquoi.

On n’est même pas parti pis il y a déjà des défis. Juste de penser à «comment les gens vont me percevoir», je suis sûr que ça a du freiner les envies ou les ardeurs de plusieurs personnes. J’aspire à ce que le manuel puisse donner à ces gens là l’envie de reconsidérer et de passer à l’acte.

Croyez-vous qu’à l’étranger, les femmes taille + se font traiter différemment?

Oui et non. Ca peut être vraiment positif. Je n’oserais pas dire négatif parce que je ne pense pas qu’en général les gens veulent être méchants ou de mauvaise foi. Je pense que c’est surtout l’effet de surprise et l’effet inhabituel. On ne peut pas blâmer les gens d’avoir une réaction de surprise. Il y a des endroits dans le monde où une personne taille plus, notamment une femme, c’est extrêmement bien perçu.

Dans les pays comme la Mauritanie ça va même à l’extrême où il y a des boot camp pour faire engraisser les femmes. Il y a quand même des pays où les courbes et les rondeurs sont assez célébrées – des régions du monde notamment, les iles dans le pacifique … je parle de Samoa, Tonga, Fidji , être une femme taille plus ca doit être assez agréable.

Maurétanie_boot campSource : Wikipédia

… donc il y a beaucoup de stéréotypes associés à ça.

J’aime briser les préjugés…

Avez-vous avez confiance en vous?

Il faut. Quelqu’un qui est très insécure et qui va rentrer dans un pays où les personnes taille plus vont être regardées avec un peu plus de curiosité vont probablement trouver le temps très long.

Je dis pas qu’on ne peut pas se permettre de voyager, mais qu’on doit avoir une certaine confiance en soi et si c’est pas développer avant de partir, ca peut se développer en route. Je pars en me disant que les gens qui me regarde, je ne réagis pas, je ne fais pas de grosses affaires avec ça et voila ma chance de renforcer ma confiance en moi.

Crédit photo : Louis-Philippe Joly

Crédit photo : Louis-Philippe Joly

Aviez-vous confiance en vous avant de voyager?

J’ai vécu de l’intimidation pendant mon enfance et adolescence, mais j’ai été chanceuse parce que je savais qui j’étais, je savais ce que je valais. Je voyais en quoi être différente ca pouvait être quelque chose de positif. J’ai toujours un peu carburé à ca.

Je te dirais pas que je ne me suis jamais sentie un peu complexée en me regardant dans le miroir, mais pas tant que ca, en fait. Ca ne durait jamais bien longtemps. J’ai toujours eu confiance en l’image que je projetais en tant que personne, en tant que voyageuse, en tant que femme.

Qu’est-ce que vous diriez à ces femmes qui hésitent de voyager à cause qu’elles ont un surplus de poids?

Je dirais de ne pas hésiter. Commencez tranquillement. On n’est pas obligé d’aller faire un mois de back packing dès le début pour commencer. Je pense qu’on peut se faire graduellement. Mon premier voyage pack sac, c’était au Mexique. Commencez par une semaine avec un sac à dos dans des petits hôtels.

Partir avec quelqu’un d’autre, quelqu’un qui est taille plus aussi. Au moins si un moment donné, on trouve ca pénible de se faire regarder, on peut toujours se comprendre. Au moins on a quelqu’un d’autre qui est comme nous. Ca peut faciliter un peu, mais c’est sûr que ca requiert certain changement au niveau de ta perception du monde, de ta perception de toi. C’est vraiment à l’étranger qu’on peut se rendre compte si on est vraiment à l’aise avec soi.

Alors, on part quand? ; )

Behind the scene : Être mannequin pour Véronique Cloutier

Behind the scene : Être mannequin pour Véronique Cloutier

Lundi, 8 janvier. Journée quelconque. J’étais en train de penser à tous mes projets, couchée dans mon lit, en regardant le plafond comme s’il allait me souffler des réponses. Le cellulaire sonne. Numéro non répertorié dans le 514.

«Salut Joëlle. Je m’appelle Chloé. Je travaille avec Véronique Cloutier sur sa collection à l’Aubainerie».

Je m’assois bien droite dans mon lit. Mes sourcils en accent circonflexe. Un appel du Saint-Siège m’aurait à peu près autant surpris.

«Véro a eu un flash. Elle aimerait t’avoir comme mannequin pour la collection Courbes d’été. Le shooting est jeudi. CE jeudi. Désolée, c’est vraiment à la dernière minute. On serait vraiment contents de pouvoir t’avoir».

Si l’appel avait été Facetime, Chloé aurait vu mes yeux se transformer en «O» accent circonflexe. Des «O» en caps lock.

Maintenant, je suis debout. Je ne regarde plus le plafond. Mon regard croise mon reflet dans le miroir et me lance un «t’es pas game». Comment aurais-je pu oser refuser cette demande.

La séance est au studio Shoot de Montréal. Le photographe : Pierre Manning. Gloup!

shoot-studio-montreal

J’adore la mode. Vraiment. Mais j’ai de la misère avec le monde de la mode. Dans les évènements, je suis souvent le mouton noir. Des mannequins taille+, il y en a rarement plus… qu’une (on vaut pour 2).Ce titre me donne souvent droit à des remarques ou des questions que je n’aurais pas si je n’étais pas taille+. Genre, en backstage : «Es-tu une habilleuse? Designer? Concierge? Rouleuse de cennes noires?». Non. Mannequin. Ou bien on adopte la méthode de l’évitement passif-agressif qui vise à mépriser le plus possible le mouton. Cette attitude est bien souvent accompagnée d’une moue de rouge à lèvre comme Meryl Streep dans le film Devil wears Prada.

Donc, quand on me parle de shooting dans le plus gros studio de Montréal, l’équation dans ma tête est simple :

Gros studio de Montréal + shooting mode = (plein de Meryl Street rouge-à-lèvrées)2.

Ma conviction et moi arrivons, prêtes à affronter le pire comme le meilleur. J’entre.

«SALUT JOELLE!»

Véro m’accueille vraiment chaleureusement. On me présente l’équipe d’une dizaine de personnes. Je me sens déjà comme une reine. Importante. Et à ma place. Pas de Meryl Streep qui me dévisage. 

Je sais, je sais. Vous mourrez d’envie de savoir comment ça se passe derrière ces portes closes. Comme je vous considère prévilégiés, je vous raconte tout tout tout le behind the scene du shooting avec Véro.

  • Je me suis faite coiffée par Manon Côté. Cette femme est d’une douceur sans nom. «J’en ai coiffé des vedettes!» qu’elle m’a dit. «Mais je suis Véro depuis 17 ans. Je suis très fidèle. C’est Véro avant tout!». Et impossible de ne pas la croire avec ses yeux qui pétillent. Des cheveux, elle en a coiffés! Quand lui on demande qu’est-ce qui différencie ces vedettes qui ont du succès des autres, elle me répond : «ils nous font sentir importants!». Inspirant!

shooting-véronique cloutier- collection courbes

  • Au tour de Bruno Rhéaume, qui, avec ses coups de pinceaux, ont enjolivé mes traits. Cet homme est un réel passionné. Preuve, il m’a dit que son livre a été bestseller à 5 reprises. «Tu as l’air d’un peintre qui analyse sa toile» que je lui ai lancé, assise devant lui. «On me le dit souvent», m’a-t-il répondu en riant. Lorsqu’il entre dans sa bulle de création, plus rien n’existe, sauf sa toile et ses pinceaux.
  • Il y a une équipe d’environ 10 personnes derrière la caméra : styliste, directrice artistique, photographe, assistants photographe, maquilleur, coiffeuse, caméraman, adjointe, designers, etc.
  • J’étais tellement à l’aise que, durant le shooting avec Véro, mon côté coquin a osé lui faire des oreilles de lapin. Je ne me suis pas faite chicanée. Au contraire, l’équipe qui regardait les photos en direct apparaitre sur un écran auxiliaire s’est esclaffée! Parait qu’on va m’envoyer la photo… 🙂
  • L’entreprise qui confectionne les vêtements de la collection Véro s’appelle Frenchie’s. Les représentants de cette boîte sont les plus sweet du monde. J’ai rencontré Chloé, la copropriétaire (oui, celle qui m’a provoqué l’arrêt cardiaque). Elle a travaillé à la confection des vêtements de Bruni Surin et autrefois ceux de Guillaume Lemay-Thivierge. Malade, hein?
  • Confidence : J’ai entendu Véro dire à Chloé : «Hey, j’ai tellement hâte que la collection sorte! J’ai trop hâte de porter ce gilet». La preuve est faite: tout ce qui vient de Véro est approuvé Véro.
  •  Le décor des photos est fragile. Il ne faut pas s’accoter sur le mur. #malaise #oups
  • Un ensemble prend environ 5 à 10 minutes à photographier. 
  • Pierre Manning, le photographe, est un vrai clown. Impossible de ne pas rire. Même les gens qui se disent pas photogéniques le sont.
  • La direction artistique et le stylisme sont assurés par l’entreprise VERY MUCH. Les filles m’ont vu presque nue pendant les changements d’ensemble. Je ne veux pas partir de rumeurs, mais je ne suis certainement pas la seule… 
  • Et pour clore le tout, en cadeau de remerciement, j’ai reçu le plus beau des bouquets de fleurs et une carte écrite à la main de la part de Véro. Really? Pour moi? Tellement touchant!

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C’était une expérience formidable! Les vêtements seront en vente dès le 3 mars à l’Aubainerie. Je meurs d’envie de vous montrer des sneak peeks, maiiiis je dois tenir ma langue. Tout ce que je peux dire, c’est que les morceaux sont vraiment hot (preuve: je les porte aujourd’hui, haha!).

Véro prouve nul doute le diction : qui se ressemble s’assemble. Le fait qu’il soit possible de faire son chemin dans la mode en s’entourant d’une équipe authentique, à son image et humaine m’a beaucoup fait réfléchir. Tellement, que depuis ce temps, ce n’est plus le plafond que je regarde, mais bien droit devant.

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