Comment devenir mannequin taille+ ?

Comment devenir mannequin taille+ ?

Cette grande question doit assurément faire partie du top 2 des questions que je me fais le plus posées (tout juste après «Tu me dis quelque chose…Travailles-tu à la Banque Scotia?»)

Je sais que beaucoup de femmes en rêve secrètement de devenir mannequin taille+. De l’extérieur, il peut paraitre valorisant de faire partie de ce monde élitiste. Il faut garder en tête qu’il y a beaucoup de candidats, peu d’élus.

Dans ce billet de blogue, je répondrai à cette grande question mythique : comment on devient mannequin taille+?

Notez bien que je parle selon mon expérience. Je divulgue ce que l’industrie exige, pas ce que je souhaiterais. Vous le savez, tout le monde est beau dans mon coeur! 🙂

Tout d’abord, malgré tout le glamour et la popularité qui englobe le mannequinat, savez-vous vraiment ce qu’est être mannequin?

Le mannequinat est l’activité exercée par le mannequin, personne qui pose ou s’expose pour valoriser les produits de l’industrie de la mode. Les mannequins sont employés principalement pour la promotion de l’habillement, des accessoires de mode et des produits de beautéSource : Wikipédia

Ben oui. En gros, être mannequin, c’est représenté un type de beauté que l’industrie a défini comme tendance pour mettre en valeur des produits. C’est du marketing. Un mannequin n’est pas nécessairement beau, comme une femme qui n’est pas mannequin n’est pas nécessairement laide. C’est une TENDANCE. Je répète : TENDANCE!

Si toutefois, cette carrière vous intéresse, voici ce qu’il faut savoir!

Avoir confiance en soi

Je crois qu’il s’agit de LA chose la plus importante. Bien des femmes désirent faire leur entrée dans le monde de la mode pour avoir confiance en elle. Eh bien elles ont tord!

Il faut avoir confiance en soi avant même de vouloir entrer dans l’industrie de la mode.

Le domaine de la mode se montre très superficiel et ne laisse pas de place aux gants blancs pour les critiques : trop grosse, trop petite, trop différente. C’est peu dire des commentaires que l’on reçoit. Notre corps devient un objet, un instrument de travail. Savoir faire la différence entre les critiques reçues à soi-même en tant qu’individu et soi-même en tant qu’instrument de travail peut être très difficile.

On se met donc en position vulnérable à la critique. C’est un peu être masochiste envers soi-même! On peut facilement s’y perdre si nous ne sommes pas conscient avant de tout de sa valeur en tant qu’individu.

De plus, pour avoir une bonne photogénie, il faut dégager de la confiance en soi.

JoelleVaillancourt

Posséder des caractéristiques physiques intéressantes

Oui! Le monde de la mode est exigeant quant aux caractéristiques demandées pour les mannequins. Oui! C’est autant difficile pour les mannequins taille+! Qui veut ne peut pas facilement le devenir.

L’industrie recherche un modèle encore très stéréotypé pour les modèles taille+ : un visage pulpeux et des formes proportionnelles – contrairement aux mannequins de taille régulière où on préfère des visages diversifiés, carrés et anguleux.

L’industrie est encore plus sélective avec les mannequins taille+ ; ce type de modèle est encore marginal. Il faut donc entrer dans des critères sélectifs sans y déroger (on déroge déjà des règles avec nos courbes!).  

Pourquoi? C’est une question de tendance (voir point plus bas).

De plus, l’âge est aussi important. Sauf exceptions, l’industrie préfère les mannequins taille+ plus âgés que les mannequins taille régulière. On parle ici de 25-35 ans pour les taille+ et moins de 18 ans pour les mannequins taille régulière.

Être charismatique et photogénique

Il ne suffit pas d’être beau et représenter la tendance du moment pour être mannequin. On ne veut pas d’un humain sans envergure devant la lentille ! Il faut aussi incarner un savoir-être. Il faut posséder un charisme capable de traverser la lentille. De plus, certaines personnes ont une photogénie naturelle. C’est possible de travailler sur sa photogénie en pratiquant ses pauses et ses angles. Cependant, pour le charisme, on l’a ou on ne l’a pas!

Accepter que la mode est une question de tendance et de timing

Tel que spécifié plus haut, la mode est une question de tendance. Une très belle femme peut passer sous le radar simplement parce que son type de beauté n’est pas recherché par l’industrie. Il y a 7 ans, j’avais approché 2 agences de mannequins. Ces dernières m’ont retourné chez moi. Pas que je n’étais pas jolie, mais bien parce qu’elles ne voyaient pas mon potentiel dans l’industrie. Le domaine du taille+ n’était que très peu développé à ce moment. Eh bien, croyez le ou non : une de ces deux agences est maintenant la mienne aujourd’hui. C’est 3 ans plus tard que le marché que je représente a été très en demande!

Incarner une cause

Plusieurs années auparavant, les mannequins n’avaient pas de nom, c’est-à-dire qu’ils ne faisaient que leur job de mannequin : mettre le vêtement en évidence.

Aujourd’hui, les mannequins représentent une cause avant même d’être modèle.

Leur personnalité est un marketing intéressant pour les entreprises qui se tournent de plus en plus vers le modèle C2B (consumer to business) que B2C (business to consumer).

D’ailleurs, nombreux sont les exemples de mannequins qui ont commencé leur carrière en représentant une cause : Elly Mayday qui promouvait l’estime de soi à travers son combat contre le cancer, Tess Holliday qui a fièrement sorti sa marginalité du placard ou Nicole Madison par son blogue mode taille+ ! Les exemples sont nombreux!

Savoir toucher le coeur des gens à travers quelque chose qui nous passionne est une bonne façon de se faire connaitre auprès des clients potentiels.

Mannequintaille+

Se faire connaitre localement

Cette étape : ca passe ou ça casse. On peut se proclamer soi-même mannequin haut et fort! Mais maintenant, c’est le test ultime : est-ce que l’industrie est prête à nous choisir? À cette étape, il faut savoir se vendre. Prendre quelques clichés de soi avec un ami (pas obliger d’avoir un porte-folio à 700$ en commençant!) et partir à la recherche d’opportunités! Au début, offrez-vous bénévolement. Voici des idées d’endroits où chercher :

  • Salons de la femme
  • Participer à des concours (comme Nadia Aboulhosn qui s’est faite connaitre avec American Apparel ou moi-même avec Addition Elle!)
  • Approcher les boutiques locales qui tiennent un inventaire de taille+
  • Approcher des magazine locaux
  • Se servir des médias sociaux pour se vendre

Si les gens sont réceptifs à nos approches, c’est peut-être signe que le potentiel est là!

Approcher une agence professionnelle

Enfin, approcher une agence de mannequins peut aussi être utile lorsqu’on sent que la demande est grandissante. Les agences aiment travailler avec les mannequins qui ont un peu d’expérience. Il y a plusieurs avantages de s’associer à une agence : on négocie pour vous des contrats monnayables et les contacts sont plus nombreux. On entre dans les ligues plus sérieuses et on augmente notre crédibilité.

Se tenir connecter au marché

Être mannequin, même dans une agence, c’est être travailleur autonome.

Les contrats de tomberont pas du ciel. Il faut se tenir informer au marché, des tendances et des opportunités. Le marché est très restreint et la demande faible. Il faut travailler, contactez les gens, se faire valoir continuellement.

JoelleVaillancourt-Véro Courbes

Est-ce que cette carrière est faite pour vous?

Behind the scene : Être mannequin pour Véronique Cloutier

Behind the scene : Être mannequin pour Véronique Cloutier

Lundi, 8 janvier. Journée quelconque. J’étais en train de penser à tous mes projets, couchée dans mon lit, en regardant le plafond comme s’il allait me souffler des réponses. Le cellulaire sonne. Numéro non répertorié dans le 514.

«Salut Joëlle. Je m’appelle Chloé. Je travaille avec Véronique Cloutier sur sa collection à l’Aubainerie».

Je m’assois bien droite dans mon lit. Mes sourcils en accent circonflexe. Un appel du Saint-Siège m’aurait à peu près autant surpris.

«Véro a eu un flash. Elle aimerait t’avoir comme mannequin pour la collection Courbes d’été. Le shooting est jeudi. CE jeudi. Désolée, c’est vraiment à la dernière minute. On serait vraiment contents de pouvoir t’avoir».

Si l’appel avait été Facetime, Chloé aurait vu mes yeux se transformer en «O» accent circonflexe. Des «O» en caps lock.

Maintenant, je suis debout. Je ne regarde plus le plafond. Mon regard croise mon reflet dans le miroir et me lance un «t’es pas game». Comment aurais-je pu oser refuser cette demande.

La séance est au studio Shoot de Montréal. Le photographe : Pierre Manning. Gloup!

shoot-studio-montreal

J’adore la mode. Vraiment. Mais j’ai de la misère avec le monde de la mode. Dans les évènements, je suis souvent le mouton noir. Des mannequins taille+, il y en a rarement plus… qu’une (on vaut pour 2).Ce titre me donne souvent droit à des remarques ou des questions que je n’aurais pas si je n’étais pas taille+. Genre, en backstage : «Es-tu une habilleuse? Designer? Concierge? Rouleuse de cennes noires?». Non. Mannequin. Ou bien on adopte la méthode de l’évitement passif-agressif qui vise à mépriser le plus possible le mouton. Cette attitude est bien souvent accompagnée d’une moue de rouge à lèvre comme Meryl Streep dans le film Devil wears Prada.

Donc, quand on me parle de shooting dans le plus gros studio de Montréal, l’équation dans ma tête est simple :

Gros studio de Montréal + shooting mode = (plein de Meryl Street rouge-à-lèvrées)2.

Ma conviction et moi arrivons, prêtes à affronter le pire comme le meilleur. J’entre.

«SALUT JOELLE!»

Véro m’accueille vraiment chaleureusement. On me présente l’équipe d’une dizaine de personnes. Je me sens déjà comme une reine. Importante. Et à ma place. Pas de Meryl Streep qui me dévisage. 

Je sais, je sais. Vous mourrez d’envie de savoir comment ça se passe derrière ces portes closes. Comme je vous considère prévilégiés, je vous raconte tout tout tout le behind the scene du shooting avec Véro.

  • Je me suis faite coiffée par Manon Côté. Cette femme est d’une douceur sans nom. «J’en ai coiffé des vedettes!» qu’elle m’a dit. «Mais je suis Véro depuis 17 ans. Je suis très fidèle. C’est Véro avant tout!». Et impossible de ne pas la croire avec ses yeux qui pétillent. Des cheveux, elle en a coiffés! Quand lui on demande qu’est-ce qui différencie ces vedettes qui ont du succès des autres, elle me répond : «ils nous font sentir importants!». Inspirant!

shooting-véronique cloutier- collection courbes

  • Au tour de Bruno Rhéaume, qui, avec ses coups de pinceaux, ont enjolivé mes traits. Cet homme est un réel passionné. Preuve, il m’a dit que son livre a été bestseller à 5 reprises. «Tu as l’air d’un peintre qui analyse sa toile» que je lui ai lancé, assise devant lui. «On me le dit souvent», m’a-t-il répondu en riant. Lorsqu’il entre dans sa bulle de création, plus rien n’existe, sauf sa toile et ses pinceaux.
  • Il y a une équipe d’environ 10 personnes derrière la caméra : styliste, directrice artistique, photographe, assistants photographe, maquilleur, coiffeuse, caméraman, adjointe, designers, etc.
  • J’étais tellement à l’aise que, durant le shooting avec Véro, mon côté coquin a osé lui faire des oreilles de lapin. Je ne me suis pas faite chicanée. Au contraire, l’équipe qui regardait les photos en direct apparaitre sur un écran auxiliaire s’est esclaffée! Parait qu’on va m’envoyer la photo… 🙂
  • L’entreprise qui confectionne les vêtements de la collection Véro s’appelle Frenchie’s. Les représentants de cette boîte sont les plus sweet du monde. J’ai rencontré Chloé, la copropriétaire (oui, celle qui m’a provoqué l’arrêt cardiaque). Elle a travaillé à la confection des vêtements de Bruni Surin et autrefois ceux de Guillaume Lemay-Thivierge. Malade, hein?
  • Confidence : J’ai entendu Véro dire à Chloé : «Hey, j’ai tellement hâte que la collection sorte! J’ai trop hâte de porter ce gilet». La preuve est faite: tout ce qui vient de Véro est approuvé Véro.
  •  Le décor des photos est fragile. Il ne faut pas s’accoter sur le mur. #malaise #oups
  • Un ensemble prend environ 5 à 10 minutes à photographier. 
  • Pierre Manning, le photographe, est un vrai clown. Impossible de ne pas rire. Même les gens qui se disent pas photogéniques le sont.
  • La direction artistique et le stylisme sont assurés par l’entreprise VERY MUCH. Les filles m’ont vu presque nue pendant les changements d’ensemble. Je ne veux pas partir de rumeurs, mais je ne suis certainement pas la seule… 
  • Et pour clore le tout, en cadeau de remerciement, j’ai reçu le plus beau des bouquets de fleurs et une carte écrite à la main de la part de Véro. Really? Pour moi? Tellement touchant!

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C’était une expérience formidable! Les vêtements seront en vente dès le 3 mars à l’Aubainerie. Je meurs d’envie de vous montrer des sneak peeks, maiiiis je dois tenir ma langue. Tout ce que je peux dire, c’est que les morceaux sont vraiment hot (preuve: je les porte aujourd’hui, haha!).

Véro prouve nul doute le diction : qui se ressemble s’assemble. Le fait qu’il soit possible de faire son chemin dans la mode en s’entourant d’une équipe authentique, à son image et humaine m’a beaucoup fait réfléchir. Tellement, que depuis ce temps, ce n’est plus le plafond que je regarde, mais bien droit devant.

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