Behind the scene : Être mannequin pour Véronique Cloutier

Behind the scene : Être mannequin pour Véronique Cloutier

Lundi, 8 janvier. Journée quelconque. J’étais en train de penser à tous mes projets, couchée dans mon lit, en regardant le plafond comme s’il allait me souffler des réponses. Le cellulaire sonne. Numéro non répertorié dans le 514.

«Salut Joëlle. Je m’appelle Chloé. Je travaille avec Véronique Cloutier sur sa collection à l’Aubainerie».

Je m’assois bien droite dans mon lit. Mes sourcils en accent circonflexe. Un appel du Saint-Siège m’aurait à peu près autant surpris.

«Véro a eu un flash. Elle aimerait t’avoir comme mannequin pour la collection Courbes d’été. Le shooting est jeudi. CE jeudi. Désolée, c’est vraiment à la dernière minute. On serait vraiment contents de pouvoir t’avoir».

Si l’appel avait été Facetime, Chloé aurait vu mes yeux se transformer en «O» accent circonflexe. Des «O» en caps lock.

Maintenant, je suis debout. Je ne regarde plus le plafond. Mon regard croise mon reflet dans le miroir et me lance un «t’es pas game». Comment aurais-je pu oser refuser cette demande.

La séance est au studio Shoot de Montréal. Le photographe : Pierre Manning. Gloup!

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J’adore la mode. Vraiment. Mais j’ai de la misère avec le monde de la mode. Dans les évènements, je suis souvent le mouton noir. Des mannequins taille+, il y en a rarement plus… qu’une (on vaut pour 2).Ce titre me donne souvent droit à des remarques ou des questions que je n’aurais pas si je n’étais pas taille+. Genre, en backstage : «Es-tu une habilleuse? Designer? Concierge? Rouleuse de cennes noires?». Non. Mannequin. Ou bien on adopte la méthode de l’évitement passif-agressif qui vise à mépriser le plus possible le mouton. Cette attitude est bien souvent accompagnée d’une moue de rouge à lèvre comme Meryl Streep dans le film Devil wears Prada.

Donc, quand on me parle de shooting dans le plus gros studio de Montréal, l’équation dans ma tête est simple :

Gros studio de Montréal + shooting mode = (plein de Meryl Street rouge-à-lèvrées)2.

Ma conviction et moi arrivons, prêtes à affronter le pire comme le meilleur. J’entre.

«SALUT JOELLE!»

Véro m’accueille vraiment chaleureusement. On me présente l’équipe d’une dizaine de personnes. Je me sens déjà comme une reine. Importante. Et à ma place. Pas de Meryl Streep qui me dévisage. 

Je sais, je sais. Vous mourrez d’envie de savoir comment ça se passe derrière ces portes closes. Comme je vous considère prévilégiés, je vous raconte tout tout tout le behind the scene du shooting avec Véro.

  • Je me suis faite coiffée par Manon Côté. Cette femme est d’une douceur sans nom. «J’en ai coiffé des vedettes!» qu’elle m’a dit. «Mais je suis Véro depuis 17 ans. Je suis très fidèle. C’est Véro avant tout!». Et impossible de ne pas la croire avec ses yeux qui pétillent. Des cheveux, elle en a coiffés! Quand lui on demande qu’est-ce qui différencie ces vedettes qui ont du succès des autres, elle me répond : «ils nous font sentir importants!». Inspirant!

shooting-véronique cloutier- collection courbes

  • Au tour de Bruno Rhéaume, qui, avec ses coups de pinceaux, ont enjolivé mes traits. Cet homme est un réel passionné. Preuve, il m’a dit que son livre a été bestseller à 5 reprises. «Tu as l’air d’un peintre qui analyse sa toile» que je lui ai lancé, assise devant lui. «On me le dit souvent», m’a-t-il répondu en riant. Lorsqu’il entre dans sa bulle de création, plus rien n’existe, sauf sa toile et ses pinceaux.
  • Il y a une équipe d’environ 10 personnes derrière la caméra : styliste, directrice artistique, photographe, assistants photographe, maquilleur, coiffeuse, caméraman, adjointe, designers, etc.
  • J’étais tellement à l’aise que, durant le shooting avec Véro, mon côté coquin a osé lui faire des oreilles de lapin. Je ne me suis pas faite chicanée. Au contraire, l’équipe qui regardait les photos en direct apparaitre sur un écran auxiliaire s’est esclaffée! Parait qu’on va m’envoyer la photo… 🙂
  • L’entreprise qui confectionne les vêtements de la collection Véro s’appelle Frenchie’s. Les représentants de cette boîte sont les plus sweet du monde. J’ai rencontré Chloé, la copropriétaire (oui, celle qui m’a provoqué l’arrêt cardiaque). Elle a travaillé à la confection des vêtements de Bruni Surin et autrefois ceux de Guillaume Lemay-Thivierge. Malade, hein?
  • Confidence : J’ai entendu Véro dire à Chloé : «Hey, j’ai tellement hâte que la collection sorte! J’ai trop hâte de porter ce gilet». La preuve est faite: tout ce qui vient de Véro est approuvé Véro.
  •  Le décor des photos est fragile. Il ne faut pas s’accoter sur le mur. #malaise #oups
  • Un ensemble prend environ 5 à 10 minutes à photographier. 
  • Pierre Manning, le photographe, est un vrai clown. Impossible de ne pas rire. Même les gens qui se disent pas photogéniques le sont.
  • La direction artistique et le stylisme sont assurés par l’entreprise VERY MUCH. Les filles m’ont vu presque nue pendant les changements d’ensemble. Je ne veux pas partir de rumeurs, mais je ne suis certainement pas la seule… 
  • Et pour clore le tout, en cadeau de remerciement, j’ai reçu le plus beau des bouquets de fleurs et une carte écrite à la main de la part de Véro. Really? Pour moi? Tellement touchant!

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C’était une expérience formidable! Les vêtements seront en vente dès le 3 mars à l’Aubainerie. Je meurs d’envie de vous montrer des sneak peeks, maiiiis je dois tenir ma langue. Tout ce que je peux dire, c’est que les morceaux sont vraiment hot (preuve: je les porte aujourd’hui, haha!).

Véro prouve nul doute le diction : qui se ressemble s’assemble. Le fait qu’il soit possible de faire son chemin dans la mode en s’entourant d’une équipe authentique, à son image et humaine m’a beaucoup fait réfléchir. Tellement, que depuis ce temps, ce n’est plus le plafond que je regarde, mais bien droit devant.

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Les courbes fièrement représentées au Gala de l’ADISQ 2015

Les courbes fièrement représentées au Gala de l’ADISQ 2015

Le soir de la 37e édition du Gala de l’ADISQ, animé par Louis-José Houde, j’ai beaucoup apprécié les robes de gala et j’ai, bien sur, été heureuse de constater les silhouettes diversifiées des femmes qui ont cassé la baraque, tout au long de l’évènement!

Voici donc ces femmes inspirantes aux courbes mises en valeur qui ont défilé sur le tapis rouge!

You go girls!

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Entrevue d’expert: Véronique Cloutier et la collection Véro Courbes

Entrevue d’expert: Véronique Cloutier et la collection Véro Courbes

Le 12 novembre 2015 a marqué une initiative salutaire dans le mouvement pour la diversité corporelle. La collection de vêtement Véro, une exclusivité Aubainerie, a défoncé les barrières entre cette taille dite normale et celle taille+. Quelques morceaux de la collection déjà existante ont été sélectionnés et reproduits en version taille+. La collection Courbe par Véronique Cloutier est née. Quel grand bonheur pour la femme taille+ qui en a assez mangé des gilets amples noirs et de motifs fleuris de matante Tonette.

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J’étais tellement heureuse de cette initiative (québécoise, en plus!), que j’ai eu l’ambition de contacter l’instigatrice de la marque pour discuter avec elle de diversité corporelle, de beauté et de mode taille plus.

Entrevue avec Véronique Cloutier

Qu’est-ce qui vous a amené à développer Courbe, la collection taille+ de la ligne Véro?

La demande de faire du taille+ est venue dès la sortie de la première collection Véro, en 2012. Dès le début, on avait la préoccupation d’habiller toutes les femmes. Mais faire une collection taille+, ce n’est pas si évident que ça, contrairement à ce que l’on peut penser. La coupe et les patrons sont différents. Je l’avoue en toute franchise, au début, on n’avait pas l’expertise.

Aussi, il y a quelques années, l’Aubainerie avait décidé de retirer ses vêtements taille+ de ses magasins par manque de popularité. Il a donc fallu que je les convaincs d’embarquer dans le projet Courbe. La chaine était septique à savoir si ça allait fonctionner et si la clientèle était là. Finalement, on a tellement reçu de demandes et je leur envoyais les messages que je recevais. Ils ont finalement dit oui.

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Pourquoi avoir créer une continuité des vêtements que vous vendiez déjà et non avoir créer une collection taille+ à part?

Je ne voulais pas que les femmes se sentent à part. C’est un commentaire que j’entends souvent de la femme taille + : il y a une séparation entre les vêtements de taille régulière et taille forte. On me disait que les vêtements sont moins beaux. Ces femmes ont l’impression qu’elles ne peuvent pas s’habiller comme les autres. C’est vraiment dans un esprit de diversité qu’on a créé Courbe. Les coupes sont étudiées. Il faut faire attention comment ca tombe. On en fait le plus possible, toujours en tentant de respecter les courbes, la féminité et la beauté des silhouettes taille plus.

Donc, pour vous, une belle femme, ça n’a pas de taille?

Non exactement, ça a toujours été une préoccupation pour moi, même quand on ne faisait pas taille+ au début de la collection j’ai insisté beaucoup pour que les mannequins qui portent les vêtements dans la circulaire proviennent du public, pas d’une agence. Mon souhait est de représenter des femmes de tous les types, silhouettes et âges.

Et on fait pareil pour notre collection d’enfants. Par exemple, pour la collection enfant d’automne, notre mannequin vedette était un jeune atteint de trisomie! Donc c’est ma façon de faire ma part pour la diversité. Je fais quelque chose d’accessible qui est du prêt-à-porter quotidien. Je le fais porter par des femmes qui le portent tous les jours pour aller chercher leurs enfants à l’école ou pour aller travailler.

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Est-ce que c’est le fait d’avoir eu deux filles qui vous a poussé à vouloir faire évoluer les diktats de la beauté? Est-ce qu’elles vous inspirent à vouloir que la vision de la beauté évolue?

Oui absolument. Ca se fait naturellement. Je fais un métier d’image et je ressens une certaine responsabilité de faire quelque chose pour ça. En contrepartie, je pense qu’on en attend un peu trop de l »industrie de la mode. Ce n’est pas grave qu’on nous montre des filles taillées au couteau. La priorité, c’est la santé. C’est la base. Donc, si on respecte ça, ce n’est pas grave que la fille ait une silhouette de fou. Nous-même en tant que consommatrices, on n’a pas besoin de ressembler à cette fille là! En contrepartie, on veut voir des modèles, on veut s’identifier à quelque chose, on veut s’accrocher à quelque chose de réaliste, donc il faut jongler avec tout ça.

Vous promouvez aussi l’estime de soi, la confiance en soi et la démocratisation du corps de la femme. Est-ce que Véronique Cloutier a déjà eu des moments où elle n’avait plus confiance en elle?

Perdre confiance complètement? Non je ne pense pas. Mais comme tout le monde j’ai des moments de doutes, j’ai des moments où des journées je me trouve moins belle. Je suis affecté par le syndrome prémenstruel. (rires) Comme tout le monde, il y a des moments où je me sens moins en plaine possession de mes moyens. De façon générale, je suis quelqu’un qui a une bonne estime de soi.

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Pourriez-vous avoir une telle carrière si vous seriez considérée taille+?

Je n’ai pas de réponse. Je ne sais pas. C’est vraiment une hypothèse. Il y a des filles taille+ qui ont des super belles carrières comme Sonia Vachon ou Marie-Claude Barrette. Je suis d’accord, il y a en a pas beaucoup. On en voit moins. Est-ce que c’est parce qu’on on les engage moins? Peut-être pas. Je n’ai pas d’expérience dans mon entourage de filles qui se sont fait demander de maigrir pour passer à la télévision. Je n’ai pas connu ça. Je ne dis pas que ca n’existe pas, mais je ne crois pas que ça soit si répandu que ça. Si c’est pour un rôle, peut-être que le poids est plus important, mais pour animer, pour être chroniqueuse, je ne pense pas.

Quelle femme inspirante!

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La fashionnista en moi s’est donc rendue à une boutique Aubainerie pour tester cette collection Courbe. On pourrait croire à première vue que l’éventail de choix de vêtements est minimaliste, mais lorsqu’on étudie la collection, on comprend l’esprit dans lequel il a été créé. Un peu chic, classique et scintillant, de quoi avoir un Noël festif! Véro a sans aucun doute l’oeil pour habiller toutes les silhouettes. Dans le prochain article, je vous montrai mes trouvailles …. et ça incluera un concours!