J’étais en secondaire trois et je vivais comme n’importe qu’elle autre adolescente. Mon petit monde ne s’était encore jamais effondré malgré quelques fissures. Les fissures, je savais comment les réparer, mais je n’avais jamais été confronté à un tremblement de terre.

Je rentrais d’une belle journée d’école, et j’apprenais que ma mère souffrait d’un cancer au stade 4. Je croyais que mes fondations étaient solides, mais le loup, d’un seul souffle, a réussi à abattre ma maison de paille. L’espoir, aussi fort a-t-il été, s’est rapidement évaporé lorsque les médecins lui ont trouvé des métastases aux ganglions et au cerveau. Après sept mois de combat, ma mère nous quittait. J’avais 15 ans. La personne que j’aimais le plus au monde était partie en emportant avec elle une partie de moi que je ne retrouverai jamais.

Durant la maladie de ma mère et même après son départ, l’anxiété, la dépression, l’insomnie, et le manque de confiance se sont tous pointés le bout du nez. Je ne parlais plus à personne, je ne voulais plus sortir, je me mutilais et j’ai sérieusement pensé au suicide. Je ne voulais plus rien savoir de la vie, elle m’avait abandonnée. Je me détestais autant qu’on puisse détester et le moindre compliment à mon égard me donnait l’impression qu’on se moquait de moi.

Comme vous vous en doutez, j’ai dû recevoir de l’aide pour calmer la tempête qui persistait en moi. Ce rôle a été attribué à la T.E.S de mon école secondaire. Parmi tous les moyens que j’avais pour m’aider, c’est elle qui m’a permis de garder les pieds sur terre. Elle m’a raisonnée, m’a fait voir les choses différemment et persistait à me faire comprendre que j’en valais la peine. Je me souviens de beaucoup de nos rencontres, mais l’une d’entre elles m’a tout particulièrement marquée. Cette journée là, on parlait de l’avenir et je me rappelle lui avoir sortie la routine habituelle:

«Comment est-ce que je pourrais faire quelque chose de ma vie? Comment est-ce que je pourrais même réussir à accomplir quelque chose?! J’suis une erreur qui n’aurait jamais dû voir le jour. Une jeune femme sans avenir, minable et pitoyable. Je comprend même pas que tu perdes encore ton temps avec moi. Y’a rien à faire avec une affaire comme moi, j’suis un cas désespéré!». Après lui avoir dit ça, elle m’a regardée, attristée, et le plus sincèrement du monde, elle m’a répondu: «J’aimerais tellement ça que tu te vois là… que tu sois capable de dire de belles choses de toi».

Ces mots… ils résonnent toujours dans ma tête aujourd’hui. Impossible de m’en défaire. Sur le coup, je lui ai répondu que je ne pouvais pas, que c’était plus fort que moi. Puis, c’est lorsque je me relevais tranquillement et que je commençais à vouloir retomber que ces mots on fait le tour de mes pensées. Je me suis mise à réfléchir et à voir tout le chemin que j’avais parcouru.

J’étais en voie de me rétablir et je n’allais certainement pas rebrousser chemin. Je commençais à finalement croire ce qu’elle s’entêtait à me faire comprendre: J’en valais la peine. J’étais loin de ressembler à ce que je croyais.

Aujourd’hui, la tempête s’est calmé et le brouillard s’est estompé. Bien que je ne sois pas complètement rétablie, j’y travaille fort, et je me rappelle ces mots qui ont joués un rôle important dans mon rétablissement. J’ai encore besoin de me faire rassurer, je n’apprécie encore que très peu les compliments, je m’entête à remettre chacun de mes gestes et chacune de mes paroles en question et j’ai toujours peine à croire que ma mère n’est plus de ce monde.

Par contre, la dépression et l’anxiété ne contrôlent plus entièrement ma vie et le miroir n’est plus un aussi grand ennemi qu’autrefois. Je suis également beaucoup moins sévère envers ma personne que je l’ai été. J’ai souffert et je souffre toujours quelque part au fond de moi, mais je sais maintenant que la souffrance n’est pas éternelle. Je n’aime pas trop ce genre de phrases toutes faites, mais ce n’est qu’une question de temps. Je suis prête à tout voir, à tout accomplir… à foncer! En écrivant ces lignes, je veux montrer à tout ceux qui pensent, comme j’ai crue, que le bonheur les a quitté, que tout finira par s’arranger. En fait, le bonheur est toujours là. C’est comme une fleur au printemps après un dur hiver; ça prend un peu de temps avant que ça repousse.

Tout le monde est porté à vivre des situations plus ou moins évidentes et à se sentir dépasser par celles-ci. Sans nécessairement vivre quelque chose de catastrophique, il y a des moments où on ne sait plus par quel bout prendre les choses, où tout nous semble trop lourd, où la vision que nous avons de nous-même et du monde nous sont plus ou moins fidèles.

On aimerait juste partir loin, sans rien dire à personne. Bref, quand tout est confus dans notre tête, on a souvent besoin de quelqu’un qui a les idées claires pour venir nous brasser un peu. Au abord, l’idée d’aller parler de ses problèmes à une personne qui nous est totalement inconnue peut sembler peu attrayante, mais demander de l’aide est tout à fait normal et sain. Puis, ça fait vraiment la différence.

La vérité, c’est qu’on en vaut tous la peine. On mérite tous de vivre, de se faire complimenter, de réussir, de s’épanouir… ou de recevoir de l’aide. Il ne faut pas avoir honte, car au final, on ne fait que vivre avec ce qui nous arrive. Il n’y a ni faiblesse, ni lâcheté.Peu importe dans quelle situation vous vous trouvez, rappelez-vous que chaque pas que vous faites en est un énorme.

 

Noémy Crane

Noémy Crane

Blogueuse

Ouin, NoémY! C’est peut-être original, mais ça a toujours donné de la difficulté à ses enseignants… Noémy est le genre de personne très ouverte qui va se mettre à parler avec toi dans une file d’attente. Peu importe ton histoire, elle se fait un devoir de t’écouter et de t’aider du mieux qu’elle le peut, qu’elle te connaisse ou non. Les standards et les tabous, ne font pas partie de son monde. À moitié adulte, elle adore Disney. Son enfant intérieur ne s’est jamais endormi.

Noémy a une vieille âme. Du moins, c’est ce qu’on lui répète toujours. Faire sourire les gens est sa mission quotidienne. Parlant de sourire, les jeux de mots plates, les pugs et les répliques du capitaine Charles Patenaude lui en feront décrocher un à coup sûr. Ricaneuse et fonceuse, Noémy aime croire que rien n’est impossible et tient à réaliser sa bucket list. Elle base sa vie sur une seule phrase: «Pourquoi pas?». La beauté? C’est être soi-même, s’assumer complètement et faire ce dont on a envie sans se soucier des regards ou des remarques.

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