Joevaillancourtjeune On laisse tomber les murs 4 secondes. Bien beau le glamour, Joëlle-le-visage-de-la-collection, la mannequin jet set, mais il y a une histoire que peu de médias ont mis de l’avant. Celle de la Joëlle d’avant. Celle qui était intimidée plus qu’intimidante. J’ai visité l’enfer. J’ai vécu de l’intimidation.

Un jour, lorsque j’étais jeune, 4-5 ans, on me rejetait. On me traitait de grosse.  On me pilait dessus, m’insultait. Je disais oui à tout le monde pour essayer d’avoir un peu d’amour. Je ne parlais pas. À personne. Tellement, que ma mère m’avait emmené voir un pédo-psychiatre pour comprendre mon mutisme. Pendant la rencontre, on m’avait demandé de dessiner. J’ai fait une maison avec des bonshommes pas de corps. Même le barbu spécialiste en cas d’enfant ne savait pas quoi me diagnostiquer… parce que je ne parlais pas. Je suis repartie avec ma mère qui devait bien être à court de ressources. À vrai dire, ce que j’aurais répondu à l’homme assis en face de moi, c’est que je ne voulais pas exister.

Un jour, je voulais m’acheter des vêtements. Les pires moments de mon enfance étaient d’aller m’acheter des vêtements. Il faut dire que je viens de Sept-Îles, une petite localité qui a un inventaire limité en vêtements grande taille. En fait, je crois que l’expression grande taille n’existait même pas dans les années 90. J’avais une catégorie juste à moi qui s’appelait la-fille-aussi-grosse-que-l’école. Rien ne me faisait. Tellement, que ma mère m’avait emmené voir une vendeuse d’expérience chez Pentagone, pour voir ce qu’elle pouvait faire pour moi. Pendant le magasinage, on m’avait présenté des modèles pour hommes. Même la conseillère pleine de bonnes intentions ne savait pas quoi me suggérer. Je suis repartie avec ma mère qui devait être bien à court de ressource. À vrai dire, ce que j’aurais voulu dire à cette femme qui m’a fait essayé tous les modèles du magasin, c’est que je ne voulais pas exister.

Un jour, on m’écoeurait dans la cours de récré. Ma mère s’adonnait à passer devant l’école en voiture. Je pense avoir vu ma mère se stationner sur les lignes jaunes. Brake à bras. Elle s’est dirigée vers les professeurs responsables. Ma mère voulait que ça cesse. Je crois qu’elle était furieuse parce qu’il y avait comme un nuage de poussière créé par ses pas qui touchait à peine le sol. Le directeur est sorti. Il a dit à ma mère de partir. Elle a répondu au monsieur d’essayer de la tasser, pour voir. Pendant la chicane, on m’avait demandé de rester dans mon coin. C’était pas bien difficile parce que c’était mon rôle habituel. Même le directeur de l’école n’a pas réussi à calmer ma mère. Elle était bien à court de ressource. Je crois que c’était la seule qui avait compris que je ne voulais pas exister.

Un jour, à l’université, il y avait moi. Moi et ce corps qui m’avait causé tant de souffrance. Il y avait aussi cette Joëlle amochée par une estime d’elle qui s’était construite autour d’une image corporelle détruite, désastreuse. J’ai même secrètement donné raison à mes intimidateurs.  C’est vrai que mon corps était ignoble. C’est vrai qu’il ne méritait pas d’exister.

J’ai fait un régime, puis un deuxième. Idéal Protéines que ça s’appelait. C’était facile. Fallait juste manger de la poudre. On avait aussi droit de boire de l’eau. Alors, j’alternais : eau, poudre, eau. Des fois, je me permettais une exception: eau, poudre, eau, eau. Je ne sortais plus. J’ai perdu des kilos, puis aussi des amis. J’étais confinée à mon deux et d’mi. Je me donnais le droit de sortir 7 fois par semaine. C’était au gym. Mon nuage noir et moi, on poussait de la fonte. Il fallait bien que je perde les calories de mon dernier verre d’eau. J’ai bien fait ça. J’ai perdu 60 livres en 2 mois. Félicitations! Tu t’es prise en main! Qu’on me disait.

Un jour, ma main a lâché. Ma main n’était plus capable de me prendre. Je pleurais tout le temps. Tellement, que ma mère m’avait emmené voir un psychologue. Pendant la séance, il m’a diagnostiqué un trouble alimentaire et une dépression. Il savait quoi me suggérer. Je suis repartie avec ma mère qui avait trouver une ressource. À vrai dire, ce que j’ai dit au spécialiste du cerveau, c’est que je voulais exister. Exister pour qui j’étais.

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